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Une Antigone new-yorkaise pour l'adaptation de Janusz Glowaki, mis en scène par Yannick Leclerc...

 

 

Lorsque Godot rencontre Antigone

 

 

• 31 mai 2014⇒27 juillet 2014 • Une Antigone new-yorkaise pour l'adaptation de Janusz Glowaki, mis en scène par Yannick Leclerc... - Zibeline

Depuis Sophocle, l’histoire d’Antigone nourrit les imaginaires et la littérature, inspirant moult réécritures. Dans la pièce contemporaine de Janusz Glowacki, Antigone à New-York, la petite Antigone a quitté le palais de Créon pour un parc newyorkais et y pousse un chariot empli de pauvres choses, elle est bien éloignée de « la plus noble figure qui soit apparue sur terre » décrite par Hegel. Elle apparaît sur scène, ombre fuyante, en quête de Pauly, son compagnon, elle tarabuste Fléa, le Polonais et Sacha, le Russe, compagnons de misère, avec leurs « affaires », leurs rêves, leurs récits qui tissent des histoires où une vie décente est à leur portée. Ils attendent, gardent secret ce qui les a menés là, dans ce parc, sur ce banc. Le masque bougon se fissure, laisse entrevoir les drames humains qui les ont brisés. En contre-point, interprété sur le mode de la commedia dell’arte, machiavélique à souhait, peut-être un peu trop caricatural, un personnage sans nom (Yann Minini), ayant endossé le costume d’un policier (en est-il un réellement ?) « fait la narration », fonctionne comme ces chœurs antiques qui commentent l’action, accorde une distanciation supplémentaire. Le mépris s’affiche, soulignant les différences entre les SDF et les autres, avec leur « drôle de sens du temps. Nous on pense en années, en mois… eh bien, eux, ils pensent en heures… parce qu’ils n’ont aucune perspective. » Ils nous font rire d’abord, mais nous émeuvent, nous emportent à leur suite, ces SDF, Geneviève Nègre-Courtais, Cid Freer,  Yannick Leclerc, dont la mise en scène intelligente et dépouillée sait mettre en lumière la pulsion tragique qui sous-tend l’ensemble. Il s’agira de retrouver le cadavre de Pauly, de l’enlever, de l’enterrer malgré le règlement des parcs publics sous un arbre où il « sera bien », d’espérer un dénouement heureux… et impossible. Nos trois clochards jouent avec une belle justesse dans un rythme enlevé. Le final alerte le public « d’ici la fin de l’année, (…) dans ce théâtre, il y aura au moins une personne qui se retrouvera dans la rue (…). Cette personne saura certainement se reconnaître. Je vous souhaite une bonne soirée. »

 

DU 5 AU 27 JUILLET 2014 au théâtre LE CELIMENE à AVIGNON.

Un petit extrait VIDEO à découvrir ICI : http://www.provenceplus.fr/antigone-new-york-piece-theatre/