THEATRE MA VIE !

Romans, nouvelles, poèmes, contes et témoignages pour l'écriture. Photo, vidéos, aquarelles, théâtre, musique, humour et vie pour les autres passions ! Liza Lo Bartolo Bardin. Membre de la SGDL - De FLAMMES VIVES - et de L'AEB.

18 janvier 2009

DITES-MOI QUE JE REVE ! Le début...

"Dites-moi que je rêve !"   Enfin DISPONIBLE chez l'éditeur. ou CHEZ MOI !!!

Dites_moi_que_je_r_ve_1_Couverture

Ce livre a failli s’intituler dans un tout premier temps « J’aurai la force, avec ou sans humour » pour faire un pied de nez à l’ingratitude de ces muscles qui me lâchent alors que je les ai tant entraînés des années durant !  De la condition de femme dynamique, sportive, entreprenante, je suis passée en quelques mois à celui de mamie de 90 ans. Attention, pas la mamie d’aujourd’hui qui part en safari ou qui fait du parachutisme, non ! Ce serait encore trop bien ! Mais celle d’il y a 150 ans, vous voyez ce que je  veux dire ? Pas pareil ! Alors, de l’humour il m’en a fallu pour accepter mon état de chiffe molle. C’est à se demander à quoi ont servi les ateliers de gym, de danse, de musculation, le footing, le tennis, le vélo, la natation, la marche… Moi qui mettais un point d’honneur à entretenir mon corps comme un cheval de course, me voici réduite à rester dans le box, punie de je ne sais quelle faute ! Finie la  compétition physique. Heureusement que le cerveau n’est pas un muscle. Il me reste quelques neurones à entretenir pour ne pas rester complètement inactive.  « J’aurai la force, avec ou sans humour » aurait pu être un bon titre.

Et puis comme je suis d’humeur très changeante, le titre a fidèlement suivi mon humeur et s’est transformé en « Allo Docteurs ! Vous m’écoutez ? ». Sans doute pour cristalliser mon ressenti d’abandon et le dompter pour mieux le maîtriser. Comment vous expliquer ce sentiment ? Il ne s’agit pas seulement d’abandon. Non, je ne vais pas vous la jouer pauvre orpheline, quoique … avec ce genre de pathologie, je ne tombe pas vraiment loin, n’est-ce pas ? Les myosites (maladies musculaires) font encore partie de ces maladies dites rares et orphelines. Elles font peur aux médecins car elles les laissent impuissants, démunis, frustrés. Vous vous rendez compte ? Ils ont pour vocation de guérir, et avec nous autres, les auto-immuns, ils restent « gros Jean comme devant » ne sachant même pas nous rassurer sur notre pronostic vital, ni même sur un véritable traitement, je veux dire curatif et non palliatif comme à présent. Alors comme mes questions restent sans réponse, j’ai l’impression que non seulement ils ne m’écoutent pas, mais qu’ils ne m’entendent pas non plus, comme pour se protéger. Et ça, ça me met en rogne, vous ne pouvez pas savoir combien, mais imaginez tout de même ! Ce titre, « Allo Docteurs ! Vous m’écoutez ? » avait fait l’unanimité auprès de mes amis. Il aurait pu convenir… Mais…

            Mais voilà que lors d’un salon du livre, un monsieur qui se penche dangereusement sur une de mes publications, me laisse comprendre qu’il s’interroge profondément sur la signification de son titre. J’avoue que celui-là peut être considéré comme un gros mot : « Ma polydermatomyosite, je préfère en rire ». Pour les néophytes, la première partie du  titre est certainement obscure et mystérieuse. Aussi, ayant conservé en moi le désir d’instruire (une de mes premières vocations fut  d’être institutrice, je dirai même mieux : professeur des écoles), je lui suggère de décortiquer le mot et de trouver la racine de chaque morceau. Grossière erreur de ma part que je paye par une humiliation cuisante ! Il commence par traduire poly  par « partout », il a tout faux, cela veut dire plusieurs ;  dermato par « peau », il a tout vrai, et myosite par champignons ! Non mais « DITES-MOI QUE JE REVE  » !  Non Monsieur, je ne suis pas couverte de champignons ! Est-ce que j’ai l’air d’être couverte de champignons ? Pour votre information, cher Monsieur, sachez que myosite se rapporte à muscle ! Si je suis couverte de muscles ? Ma foi, heureusement que mon corps en possède encore un peu, oui ! Sans doute déçu par ma réponse, il n’achète pas mon livre. Alors ce titre-là, c’est aussi parce que bien d’autres situations ont mérité tout au long de mon parcours d’auto-immune en milieu hospitalier ou non, cette injonction : « Dites-moi que je rêve ! » Ah vraiment, si vous saviez !

            Mais j’aurais pu tout autant l’intituler « Silence mortel » ou encore « Auto-immune ? Dites-moi tout Docteur ! »  Vous devinez aisément pourquoi, non ? Pas besoin de vous faire un dessin. La préface de l’auteure Ambre Saint Pierre vous explique clairement pourquoi.

Disponible chez l'éditeur.

ou chez l'auteur : lizabardin@live.fr

par commande écrite, paiement chèque ou paypal.

Auteur : Liza Lo Bartolo Bardin
ISBN : 978-0-9822720-1-5
Format : 184 pages,

Prix : 19.80 €

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16 février 2008

LES PARFUMS DU CIEL

Je suis heureuse de vous apprendre que je viens de franchir le pas après une douloureuse période de gestation :
je viens d'entamer l'écriture de mon troisième roman.

Fini l'angoisse de la page blanche... même si je poursuis mon travail de recherche,
le fait d'avoir pu commencer, alors que l'envie me taraudait depuis longtemps, me fait un bien fou !

Quel étrange paradoxe, celui de l'écriture qui ne veut pas quitter le stade mental,
qui veut rester cachée dans les méandres de l'esprit et ne pas prendre corps au travers du clavier !


Ouf ! J'ai pu commencer cet après-midi.
Après des mois de préparation mentale et de recherches...Cinq pages en trois heures...
Inutile de chercher à faire plus... Je sais qu'une fois commencé le roman ("Les parfums du ciel")
va prendre corps et vie à un rythme bien régulier.
Un travail quotidien qui me donne tant de satisfaction que je suis heureuse et soulagée !


Tiens, j'en oublierais presque certains désagréments du quotidien  !
La vie est belle !

Amitiés à tous !
Un extrait dès demain.... Finalement, j'hésite encore un peu ! J'attends d'être un peu plus avancée !

Toutes mes amitiés.

Liza Lo Bartolo Bardin

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13 novembre 2007

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04 novembre 2007

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03 mai 2007

Extraits des aventures de Pataud et Jolie

LES_AVENTURES_DE_PATAUD_ET_JOLIE_en_for_t_de_Boscdon

Extraits à lire en cliquant sur ce lien :

http://theatremavie.canalblog.com/archives/2007/04/26/4014644.html

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Extrait de mon livre témoignage

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Prologue

Qu’est-ce qui peut donner un sens à notre existence, lorsque celle-ci se fait si lourde qu’on en perd le goût de vivre ? Se pencher sur la souffrance des autres ? Et compatir ? Agir pour grandir dans l’adversité ? Se réjouir des tous petits bonheurs quotidiens ? S’amuser des maux pour mieux les apprivoiser avec les mots ? Et rire ? Peut-être un peu de tout cela à la fois. Rire surtout de tout en lâchant prise et en déballant le poids des non-dits. Ce grand déballage, il m’a fallu le faire d’abord sur mon blog : c’était presque une question de survie. La panique était telle qu’il me fallait trouver un support quotidien de communication. Communication et partage sont devenus mes deux compagnons d’écriture, alors assurément ils m’aident à traverser un désert d’incompréhension, de doutes, d’angoisses, de maux indicibles, avec la légèreté de la dérision et de l’humour  parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. C’est tellement meilleur pour le moral !

« J’ai décidé d’être heureux, parce que cela est bon pour ma santé » Voltaire.

A la fin de ce livre, j’ai inséré les témoignages de plusieurs de mes « compagnons d’infortune » parce qu’ils m’ont encouragée et soutenue, et que les informations qu’ils m’ont apportées seront forcément utiles à d’autres.

(Visibles également sur mon blog http://theatremavie.canalblog.com dans les catégories SANTE 3 et 4)

- Liza Lo Bartolo Bardin

1er extrait

"10 juin 2005 – « Désagréable, mais supportable »

Ce matin je me rends au C.H.U. de la Timone à Marseille, pas bien fraîche, il faut le dire ! Deux nuits d’insomnie, deux jours sans manger… Un manque d’appétit dû sans doute à la trop grande appréhension de cette journée. Ou tout simplement à cause de la maladie elle-même, qui me fait souffrir et me fatigue. Finalement, peut-être que le neurologue qui va me « torturer » a raison ! Et si j’étais trop anxieuse ? Dans la salle d’attente, plusieurs personnes sont déjà là à attendre. Je tue le temps en lisant la grande affiche murale qui explique le déroulement de l’électromyogramme. J’en retiens que c’est un examen nécessaire pour confirmer un diagnostic d’atteinte myogè-ne. Autrement dit je vais autoriser le neurologue à « m’électrocuter » pour qu’il puisse confirmer la dégénérescence de mes muscles. En face de moi, une dame âgée, accompagnée de son mari, n’arrête pas de parler. Un vrai moulin à paroles. Sûrement pour se rassurer ! Elle me demande si j’ai déjà subi cet examen et quel effet cela fait… Mon rendez-vous précède le sien. Je lui propose de la renseigner dès que je l’aurai passé. Heureusement pour elle, je n’ai pas eu l’occasion de la croiser en sortant de l’examen car je fus dirigée directement dans la salle des biopsies musculaires. Je dis « heureusement » car rien qu’en voyant ma tête, elle aurait compris ce que l’infirmière a essayé de me faire comprendre en me disant : « vous verrez, c’est un examen « un petit peu » désagréable, mais « supportable » ! Je crois que nous avons tous une sensibilité différente, plus ou moins prononcée, selon notre état de santé. Alors ce qui est supportable pour certains l’est forcément moins pour d’autres. En l’occurrence pour moi qui n’avait plus dormi depuis 48 heures ni mangé, l’examen fut autre que pénible ! Si je suis restée debout après celui-ci, il n’en fut pas de même après la biopsie qui l’a suivi. Une fois le petit bout de chair prélevé dans le haut du bras gauche (sous anesthésie locale, heureusement), un malaise me prend. Tout chavire autour de moi. On m’allonge sur un brancard dans une annexe de bureau, on me donne une briquette de liquide hyper vitaminé à boire, et on me laisse me reposer sous une grosse couverture. Il fait très chaud, mais je grelotte. Lorsque je reprends plus ou moins mes esprits, j’appelle le taxi pour qu’il me ramène à la résidence Le Logis des Clercs à Puyricard, où je dois passer la nuit, seule, avant que Ray qui est dans les Hautes Alpes, ne me rejoigne le lendemain. Angoissée à cette idée de passer une autre nuit seule, dans cet état ? Moi ? Mais pourquoi le serais-je ? En fait, je téléphone à Vivou (Geneviève), une amie de l’atelier théâtre pour qu’elle me ramène quelques globules homéopathiques de la pharmacie susceptibles de me « détendre » ! Anxieuse ? Moi ? Non, juste un peu … « sensible » ! Finalement c’est son mari, Yves, qui me fait la livraison des globules ! Si j’avais su j’aurais fait un effort de présentation ! Je lui ouvre en peignoir, le bras gauche en écharpe, la mine plus que déconfite ! J’ai dû lui faire peur ! Cependant, son bon cœur me propose l’hébergement de nuit, histoire que je ne sois pas seule ! Comme une grande fille qui n’a peur de rien, je décline son offre prétextant que tout ira bien ! Et je ne me suis pas trompée … "

Extraits du 1er Volet – 1er juin 2005 – 30 juin 2006

Editeur en chef : Guy Boulianne

Lulu Press Inc.

© Copyright

tous droits réservés à Liza Lo Bartolo Bardin

Toute reproduction interdite pour tous les pays

Couverture : Château de Picomtal à Crots

Hautes-Alpes (France)

© copyright Liza Lo Bartolo Bardin

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Juillet 2005 – La positive attitude

Depuis que je connais ma maladie, cette dermatomyosite musculaire, vous vous doutez bien que ma vie a changé... Aujourd'hui je positive à fond ! Chaque matin au réveil je déborde de gratitude pour la nouvelle journée de vie qui m'est accordée ! Les indiens du Canada affirment que « tout évènement  recèle un cadeau » pourvu que nous acceptions de le découvrir en tant que tel.

Ce qui m'arrive aujourd'hui me transforme. Je retrouve une énergie nouvelle : toute intérieure, bien sûr, parce que pour ce qui est du physique, j'ai plutôt l'énergie de la « limace » ! Mais non ! Je plaisante! C'est largement exagéré, je vous rassure !!!! 

Et puis j'ai décidé de n'avoir que des pensées joyeuses !

Résultat : ma capacité d'apprécier la vie a considérablement augmenté. Je suis bien ! Et me surprends à sourire tout le temps, comme ça, juste parce que je suis chez moi, allongée dans ma véranda, à contempler un paysage qui m'apaise et me ravit. Je me réjouis véritablement des journées calmes et sereines qui je vis ici, à 1200 mètres, auprès de mon mari, mon Pataud et ma Jolie !

Autre point positif : Je prends le temps de m'occuper de moi. Enfin ! Ma créativité s'en donne à cœur joie. Je ne vois pas le temps passer. Paradoxe : je n'ai même pas le temps de faire tout ce que j'ai envie d'entreprendre !!!!

Entre la lecture, la relaxation, l'écriture, la méditation, la photo, le travail d'archivage numérique de quatre gros classeurs pleins de négatifs noir et blanc... la respiration, le blog, les forums amicaux, la relaxation, la musique, le dessin, la relaxation, la peinture, le rêve, les rêves... Car vous avez compris que je suis une « grande rêveuse », n'est ce pas ? "

tient informée de mon état, et c’est ainsi qu’elle intervient toujours à point nommé dès qu’elle sent que mon moral dégringole.

J’ai la chance d’avoir ainsi plusieurs « amis » virtuels qui m’apportent leur soutien par mails ou commentaires sur mon blog. René, lui-même atteint d’une grave maladie et hospitalisé depuis longtemps en soins palliatifs et qui tient un blog sur psy.com, André qui a le même âge que moi et qui fait montre également de beaucoup de courage et d’empathie à mon égard, Géraud, Christelle, Paola, Paule, Albert,  Tous m’encouragent et me soutiennent par leurs témoignages, et leurs conseils.

Et puis, il y a les autres, ceux qui me téléphonent, ou qui m’écrivent par messagerie, Doudoune, Véro, Sylvie, Geneviève, Ganao, Tinou, Mariethy, Clotange, Isabelle, Madeleine, et ma famille, mes frères, et j’en oublie ! J’ai la chance d’être bien entourée : un mari prévenant et aimant, un neveu qui devient le fils qui m’a toujours manqué et ma famille, tantes et cousines... 

.9 octobre 2005 – Il faut sourire à la vie !

MA QUESTION DU JOUR : Faut-il être humble pour accepter ce que l'on ne peut changer ?

Pour tout vous dire,  en ce qui me concerne, il y a parfois des choses que je ne peux accepter... 

L'une d'entre ces choses, et il y en a beaucoup ... la maladie, surtout lorsqu’on a toujours mené une vie saine, équilibrée, lorsqu'on a respecté une hygiène de vie presque irréprochable, et que l'on vous annonce un beau matin que vous êtes atteint d’une maladie rare, dont on ne connaît ni la cause, ni l'origine, dont on ne sait presque rien et par conséquent qui ne connaît pas de traitement spécifique... dont l'évolution et le pronostic vital sont incertains !

Dites-moi ...comment accepter cela sans se rebeller ! Et que faire d'autre ?... Accepter, puisqu'on n'y peut rien changer ... « Il faut faire avec ». 

Arrrhhhhh ... j'enrage ce soir, à cause de cette insuffisance respiratoire qui m'annonce de mauvais lendemains... Et ce problème de déglutition qui confirme l’atteinte des muscles du larynx. 

Bien entendu, cela ne résout rien de se plaindre, mais cela va mieux tellement mieux après l'avoir formulé ...

J'en perds mon calme et je le regrette... Comme me l'a si gentiment rappelé une lectrice anonyme sur mon Ublog : "il faut sourire à la vie pour que la vie te sourit"... Merci gentille inconnue de me ramener vers la sérénité que je recherche et revendique comme seul moyen de mieux combattre... Harmonie, paix et sérénité... Mes armes de prédilection. 

Alors, je vais terminer comme à mon habitude par une affirmation positive, histoire de dé stresser :

" Le chemin le plus direct à la santé consiste à entretenir des pensées agréables." 

Extrait Les aventures de Krana, petite grenouille...

Pour enfants de tous les âges 

Krana_couverture

Texte : Liza LO BARTOLO BARDIN

Illustrations : Aquarelles de Marlen GUERIN

1er épisode

            Ce matin-là, les Marais du Bois-Ravin, semblables à eux-mêmes depuis des millénaires, avec la brume épaisse que le faible soleil d’avril essaie de percer, avec toute sa population de joncs et de nénuphars ensommeillés,

            Ce matin-là, dis-je, les Marais pressentent la venue de Dieu sait quel événement surnaturel !

            Les mille bruits d’une nature qui s’éveille, ce matin-là, font un effort de discrétion. Le brouillard, impassible et pâle personnage, mais voisin très curieux, étouffe les moindres sons de son immense manteau humide.

            Ce matin-là n’est pas comme les autres. Non, ce matin-là ne sera pas comme tous les autres petits matins. Toute la vie du marécage est en éveil, en attente d’un événement mémorable et ô combien mystérieux …

            Le silence le plus total plane maintenant religieusement sur les Marais, quand soudain :

CCCRROOOOA !  CCRRRROOAAAA !

Stupeur et consternation ! Horreur ! L’insupportable petite rainette Krana, fille de Kranor, vient de se réveiller, pimpante et guillerette, complètement ignorante de l’actualité marécagesque et s’étire tout en s’éclaircissant la voix qu’elle a particulièrement rauque le matin.

            C’est, bien sûr et aussitôt, vous le comprenez aisément, un tollé général parmi les habitants du Marais. Les poules d’eau, en particulier, caquètent à qui mieux-mieux, racontant à qui veut bien les entendre, toutes sortes d’indiscrétions sur la malheureuse Krana, qui ne comprend pas pourquoi et comment son habituel CROA matinal peut ainsi lui attirer les foudres de ses voisins.

Crooa ? Croaaa ?  reprend-elle, inquiète et dubitative.

Le grand Maître des Marais, un majestueux Grand Ibis Rouge, (un étranger venu d’on ne sait où, arrivé là quelques mois auparavant, investissant les Marais du Bois-Ravin pour y instaurer le Grand Ordre), le Grand Ibis Rouge, donc, vient en personne à la stupéfaction générale, tenir un discours au-dessus du nénuphar jaune de Krana, devant le peuple rassemblé. Grenouilles géantes et grenouilles à poils, salamandres et tritons, canards colverts et  canes,  poules et tortues d’eau … écoutent.

Un silence lourdement respectueux accueille ses premiers mots :

KRANA ! O MISERABLE  KRANA !

Par ton insouciance

Et ton ignorance

Tu as tué le silence

Que nous conservions tous avec patience

Pour recevoir la Grande et Divine Science !

Je déclare, par ma Toute Puissance

Que désormais sur ces lieux ta présence

Met en péril mes espoirs de …Vengeance …

            VENGEANCE ? ! ! L’assemblée médusée toute entière s’exclame en répétant le mot. Ce mot fatal qui vient d’être malencontreusement lâché par le Grand Maître, vexé de s’être ainsi laissé emporter par son amour immodéré de la rime.

            Il s’ébroue pour se donner meilleure contenance, et secoue d’une manière superbe qu’il a longuement travaillée, ses magnifiques plumes sanguines devant les prunelles admiratives d’une rangée de canes coquettes.

- CRROOA ?  interroge timidement Krana.

OUI ! Poursuit le Grand IBIS Rouge. A partir de ce jour, et pour une durée de Quatre mille sept cent quarante cinq levers de soleil, tu ne fais plus partie de la Grande Communauté des Marais du Bois-Ravin. A l’unanimité, nous te chassons ! Avis à mon peuple ici rassemblé : tout individu portant aide et soutien à l’infâme Krana, se verra gratifié de la même juste punition, ou bien, suivant sa nature, passera par mon auguste bec afin de meubler mon estomac !  J’AI DIT !

Ce matin-là, c’est la première fois dans toute l’histoire des marécages, qu’une petite Grenouille se voit exilée par un Maître Ibis Rouge à cause d’un CROOOA mal placé.

            Pour les habitants du Marais pourtant le contretemps est important ! Le brouillard, qui commençe à avoir un peu trop chaud sous le soleil qui pointe son nez curieux, a enlevé son manteau blanc, et les sons et mille bruits du Marais désormais coulent librement parmi les joncs, les roseaux et les nénuphars. La rumeur matinale s’amplifie dans l’étonnement et la crainte à la fois.

            L’événement tant attendu, décidément, n’aura pas lieu ce matin-là, pas dans cette confusion …

            Ce jour-là, Krana est bien la plus malheureuse des petites grenouilles de tous les marais du monde. Mais pour tout baluchon, elle emporte dans son cœur la ferme résolution de déjouer les plans de l’injuste et monstrueux usurpateur des Marais du Bois-Ravin.

            Elle fait ses adieux à ses voisines les grenouilles, en sautant de nénuphar blanc en nénuphar rose. Les unes et les autres, par crainte de représailles, ne montrent que leur dos à Krana. Celle-ci, compréhensive et sans rancune poursuit son chemin vers un lendemain incertain et angoissant.

            Et tandis que ce premier épisode se termine, commence pour Krana, la petite grenouille des Marais du Bois-Ravin, une Grande et Terrible AVENTURE.

                                                                                                          A suivre … www.meilleurduweb.com : Annuaire des meilleurs sites
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01 mai 2007

Extraits de NOIRS VENINS

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Extrait de la nouvelle : IL N'Y A PAS DE FUMEE SANS FEU

Tout ce qui veut s’oublier s’accroche aux cauchemars obscurs du passé et menace un jour de tout ébranler…

" On l’appelait la sauvage. Parfois même, la sorcière. Tous les habitants du bourg, dans la vallée, se signaient lorsqu’ils la rencontraient comme s’ils voyaient le diable en personne. Elle n’en avait cure, Albertine. Cela faisait maintenant plus de 60 ans qu’elle les évitait comme la peste. Elle descendait vers le bourg uniquement pour s’approvisionner en pain qu’elle prenait pour la semaine. Une grosse miche de campagne, à la farine bise, qu’elle troquait contre quelques herbes sauvages ou selon la saison des fraises des bois, des champignons, ou même parfois un bon lièvre de la montagne. A l’aube de ses 8O ans, elle survivait vaille que vaille dans sa vieille cahute de bois, au bord du torrent de l’Infernet. Et rien n’avait jamais pu l’en déloger. Les services sociaux avaient bien tenté, tièdement, par pure formalité, de lui offrir un gîte plus décent. Elle les avait refoulés de son territoire en leur jurant toutes les malédictions du monde s’ils osaient encore l’importuner. Ils ne se le firent pas dire deux fois.

Albertine avait retenu ses bêtes, deux énormes chiens noirs, grognant et écumant, et avait craché son dédain sur leurs pas pressés de déguerpir. On ne revit plus aucun fonctionnaire traîner du côté de sa cabane ! Pendant longtemps ! Pendant très longtemps. Plus aucun fonctionnaire, ni personne d’autre, d’ailleurs ! Jusqu’à ce fameux jour où Thierry entra dans le bourg et associa sa vie à celle d’Elodie. "...

Extrait de la nouvelle : " IL N'Y A PAS D'AMOUR SANS SACRIFICE"

"

Extrait de la nouvelle " IL N'Y A PAS DE PARDON SANS EFFUSION DE SANG "

" Ces mots tracés en grosses lettres rouges sur le mur blanc de la cuisine leur firent présager le pire pour l'un et l'espoir pour l'autre. Leurs appréhensions se révélèrent justifiées lorsque leurs regards tombèrent en même temps sur le filet de sang qui suintait sous la porte du salon.

-         L'idiote ! Elle l'a finalement fait !

Ils poussèrent la porte. Derrière celle-ci gisait son corps à moitié nu. Son corps ensanglanté, tailladé de grosses balafres rouges sur le ventre, les jambes… Ils eurent un haut le coeur en voyant le gros couteau de cuisine dans sa main rouge. Les deux plus grosses entailles se trouvaient sur le creux des bras, à l'endroit où se font généralement les prises de sang. Mais son visage plus que tout autre chose offrait une vision d'horreur. Une entaille sur chaque joue, partant de la commissure des lèvres pour remonter vers les oreilles, lui faisait un masque monstrueux,  grimaçant et grand-guignolesque.

-         "Elle s'est maquillée un sourire permanent", osa prononcer d'une voix livide le mari en la recouvrant de son manteau, jusqu'au cou. Il ne voulut pas cacher ce qu'elle avait eu tant de mal à présenter depuis si longtemps : un sourire.

L'évidence d'un suicide mis en scène, tel un sacrifice,  sautait aux yeux. D'abord, son corps habillé de lingerie fine en soie blanche. Une soie blanche où d'étranges auréoles roses se mêlaient à des arabesques rouges. Et puis sa position allongée sur le dos à même le sol. Et comble de la mise en scène, une rampe de bougies allumées tout autour d’elle lui faisait comme un rempart de chaleur et de lumière.

Elle a toujours eu le goût du spectacle ! persifla la femme. " ...

                                             Intrusion (ou le messager)

Ses doigts nerveux et agiles couraient sur le clavier. Le petit bruit sec et mat que faisaient les touches lorsqu’elle les sollicitait lui composait une musique d’accompagnement apaisante et inspiratrice. Son monde intérieur s’ouvrait alors pour lui offrir l’évasion rêvée en compagnie de ses personnages de prédilection. Seulement voila…

Depuis des heures déjà, les pages de son écran se noircissaient de milliers de petites lettres en police Times New Roman. Celle qu’elle préférait. Elle s’obstinait, malgré ses douleurs cervicales, à terminer son dernier roman. Celui-ci était en gestation depuis bien longtemps. Il lui fallait accoucher maintenant. Pour passer à autre chose. Un nouveau projet avait germé dans sa tête et pour le mettre en œuvre, il lui fallait absolument terminer celui en cours. Elle en était encore à trouver la chute pour boucler l’histoire une fois pour toutes. Cependant, l’accouchement ne s’annonçait pas aussi facile que les précédents. Certains personnages lui donnaient du fil à retordre. En particulier Angel, qui, comme son nom ne l’indique pas, était la pire fripouille qui puisse exister. Un être ambigu, pervers et retors qui ne recule devant aucune bassesse et capable des pires atrocités. Laura cherchait en fait le moyen de le rayer à jamais de la liste de ses personnages. Au gré des chapitres et au fil de la fiction, Angel avait acquis, par on ne sait quel mystère, une autonomie de pensée et d’action qui commençait à inquiéter sérieusement Laura.  Comment l’éliminer à jamais avec la certitude qu’il ne reviendrait plus ? Comment ? Car malgré sa fin présumée lors du précédent roman, le voici revenu comme par miracle, réchappé de l’incendie du monastère de  « L’ange de Rio », pour empoisonner à nouveau le destin d’une autre héroïne de Laura. L’auteur, elle-même, devenait impuissante, et se sentait comme manipulée. Par un simple personnage qu’elle avait inventé de toutes pièces.

Le carillon électronique de la porte d’entrée retentit.

-         La poisse ! Zut de m….. ! J’aurais dû débrancher la sonnerie ! Sûrement un représentant de commerce qui se sera perdu… Qui d’autre pourrait venir si tard ? Et dans ce lieu perdu ?…

Laura détestait être ainsi arrachée de son monde. La sonnerie insistait lourdement.

-         C’est toujours lorsque j’ai besoin de calme et de solitude que l’on vient me casser les pieds ! Et zut ! Il a intérêt à avoir une bonne raison ce visiteur du soir ! Sinon…

Sur l’écran de contrôle, celui qu’elle avait fait installé dans son bureau pour n’avoir pas à se déplacer, elle essaya de reconnaître l’importun.  L’image que lui renvoyait la caméra de surveillance ne lui apporta pas de réponse. Elle voyait un homme tout de noir vêtu. Laura appréciait l’élégance et la classe que confère le noir. Le style gothique l’attirait particulièrement. Les cheveux longs du visiteur étaient attachés en catogan, et ce détail ajoutait encore à son charme.

-         Bonsoir. Qui demandez-vous ? fit-elle en appuyant sur une touche.

Et l’interphone lui répondit :

-         Bonsoir Laura ! Heureux de t’avoir retrouvée ! C’est moi, Guillaume ! J’ai un message d’une extrême importance à te transmettre.

-         Guillaume ? Pardon… Mais je ne vous remets pas … Nous nous connaissons ?

Et avant même que Laura ait fait le moindre geste, la porte s’ouvrit. Laura n’eut même pas le temps de réagir que le visiteur pénétra dans l’entrée et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, se trouva devant Laura, dans son bureau et se mit à la serrer dans ses bras.

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Extraits de FLAMMES D'AME

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16 mars 2006

Un extrait de l'ANGE DE RIO

" L’ANGE DE RIO "

Liza Lo Bartolo Bardin

Extrait :

"... Il avait eu toutes les peines du monde à obtenir son adresse. « Je tiens plus que tout à préserver ma tranquillité »  disait-elle. Prétextant le besoin d’éclaircir un détail pour les besoins du tournage, Philippe insista. " Surtout venez seul, et assurez-vous de ne pas être suivi… " En accédant à la ruelle sombre, véritable coupe-gorge, Philippe devine plus qu’il ne trouve la porte cochère. Vieille, très vieille porte en bois, datant du 16ème  siècle. Il reconnaît à ce moment-là seulement le plus vieil immeuble de l' intra-muros d’Avignon, l’hôtel de Roucas, classé monument historique. Chef d’œuvre en péril, encore debout grâce à la succession de plusieurs restaurations de qualité. L’adresse de Maïlys indique l’étage : -1. Tiens, tiens, vivrait-elle au sous-sol ? Autre précision que Maïlys lui avait donnée comme à contrecœur en le suppliant d’être infiniment discret : sonner sur le bouton sans nom, le dernier sur la gauche. 

Philippe s’annonce à l’Interphone qui était resté muet après la première sonnerie.

-         Philippe ? Mais... je... je ne sais pas si je peux... je ne pensais pas... vous rencontrer... ce soir...

-         Tiens, on dirait que je la dérange… Ma visite la trouble vraiment ! Pense Philippe.

L’ouvre porte résonne et Philippe, rassuré, soulagé,  se félicite finalement de son audace. En cherchant l’entrée du refuge secret de Maïlys, il ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’excitation que lui procure le fait de  rencontrer enfin cette femme tout à la fois lointaine, distante, inconnue,  et en même temps si proche de lui, proche par l’écriture bien sûr, par cette façon bien particulière qu’elle a de parler d’elle-même au travers de ses personnages.  Il lui semble, en ayant lu la plupart de ses écrits, qu’il la connaît mieux que quiconque. Elle a cette faculté intellectuelle  de se dévoiler qui ressemble à un effeuillage impudique. Voile après voile, elle découvre jusqu’au plus intime de ses sentiments, sans pour autant paraître vulgaire ou exhibitionniste, non jamais. Au contraire, plus il lit ses confidences romancées, plus il ressent de l’estime pour elle. De l’estime et de l’amitié pour cette femme qui écrit comme il aurait voulu écrire. En fait, il se retrouve dans son écriture, il se retrouve, lui et ses doutes, et ses angoisses et ses interrogations.  C’est comme s’il la «reconnaissait » sans jamais l’avoir connue, peut-être simplement  parce qu’ils se ressemblent.

Cependant, conscient qu’il ne connaît que la partie émergée de l’iceberg, la part que Maïlys veut bien découvrir petit à petit, au compte-gouttes, Philippe désire plus que tout la confrontation. Le large couloir de vieilles pierres grises et blanches qui invite à monter vers les étages supérieurs exhale une odeur de poussière humide et de vieux parchemins. Cependant c’est vers le bas qu’il doit  se diriger. Une discrète porte sur la gauche de l’entrée. Presque invisible. Le faible éclairage ici contraste avec celui du vestibule de  l’entrée et  ajoute à l’atmosphère moyenâgeuse. Une dizaine de marches plus bas Philippe n’en croit pas ses yeux. L’escalier de pierre débouche sur une large galerie voûtée. Ici la lumière artificielle habilement diffusée par tout un système électronique sophistiqué nourrit et habille toute une décoration en plantes vertes qui transforme ces anciennes caves en forêt vierge miniature. Yuccas, Ficus, orchidées multicolores et autres plantes tropicales rivalisent de beauté. Une fontaine intérieure, sculptée dans la pierre,  vient doucement bercer l’ensemble par la musique apaisante d’une eau fraîche coulant en circuit fermé. Un parfum de forêt ajoute à l’ambiance dépaysante. Magnifique... . Un autre monde. Un Eden artificiel, à quelques mètres sous terre.

Une porte presque dissimulée par les feuillages brillants, luxuriants. Philippe a failli ne pas apercevoir le très discret œilleton  d’une caméra de surveillance. Une porte sans nom, sans numéro, anonyme. Elle s’ouvre avant même que Philippe ne frappe. Une silhouette blanche, fragile, l’invite à entrer.

-         Bonsoir Maïlys... Pardonnez-moi si je vous dérange, mais il fallait à tout prix...

-         Bonsoir...  Ne restez pas sur le palier, même s’il invite au rêve… Entrez Philippe.

L’accueil est sobre mais chaleureux. Plus trace d’une quelconque gêne comme précédemment à l’Interphone. Les yeux protégés par deux verres sombres et le sourire amical, Maïlys s’efface pour laisser entrer Philippe. L’appartement est spacieux et bien agencé, mais sombre. De nombreuses photos et quantités d’aquarelles presqu'indiscernables ornent les murs. Une luminosité en clair-obscur voulue, semble-t-il, pour créer une ambiance propice à l’imaginaire, une  musique aux  accents symphoniques et enfin une luminosité plus franche, celle d'un ordinateur  allumé sur un fichier en traitement de texte.

-    Je ne veux pas vous déranger...

-         Vous ne me dérangez pas... Ce que je faisais peut bien attendre un peu... il y a d’autres priorités,  quelquefois.

Elle dit cela comme si ces priorités-là étaient rares et précieuses. Dans la pénombre qui l’entoure Philippe devine plus qu’il ne voit, une étrange silhouette diaphane, d’une légèreté et d’une finesse troublante. Revêtue d’un long peignoir de satin blanc, et ses longs cheveux blonds en liberté, Maïlys semble gênée, troublée. Philippe détourne alors son regard et le promène autour de lui.

-         Votre appartement est original, sans parler de l’entrée on ne peut plus exotique  !

-         Oui, n’est-ce pas ? D’anciennes caves habilement aménagées. Très confortables. Spacieuses et  sûres. Pas de fenêtres mais un système de ventilation performant. Très technologique et fonctionnel. Un nid douillet en quelque sorte, où je me sens chez moi … en sécurité.

-         C’est très réussi. J’admire le travail de l’architecte et celui du décorateur, vous peut-être ?

-         Résultat d’une patiente coopération, en effet. Un peu sombre, je vous l’accorde, mais je l’ai  voulu ainsi.          

-         C’est beau... qu’est-ce que c’est ? ... s’enquiert Philippe en portant son regard sur la chaîne stéréo.

Décidément, tout depuis son entrée dans l’immeuble semble vouloir le transporter ailleurs, dans un autre espace-temps. Une mélodie douce, légère, l’entraîne voluptueusement dans un calme intérieur qu’il n’avait plus ressenti depuis longtemps.

-         Oh ! Cette musique ? ... J’aime écrire en écoutant de la musique... Elle m’aide à fouiller dans mes souvenirs et à les transcrire d’une manière pas trop rébarbative pour mes lecteurs... Et puis, ajoute-t-elle comme en dévoilant un  secret, elle rend amoureux ceux qui l’écoutent.

Amusé par sa confidence enfantine et touché par cette marque de confiance, Philippe essaie  de scruter ce visage encadré par tant d’éléments protecteurs : cette pénombre,  les lunettes noires,  ces cheveux d’une extrême blondeur qui lui mangent la moitié du visage, cette façon qu’elle a de toujours pencher la tête sur elle-même, comme pour se cacher...

-    Qui chante ? Interroge t il.

-         Sarah BRIGHTMAN... Elle a la voix d’un ange, vous ne trouvez pas ? Je vous prête le disque si vous voulez… Je suppose que vous n’êtes pas venu pour me parler de musique... dit-elle avec une douce ironie dans la voix. Où en êtes-vous ? Allez-vous pouvoir reprendre le tournage bientôt ?

-         En effet, nous reprenons le tournage interrompu après demain, lundi, car nous avons retrouvé le matériel. Celui-ci semble avoir été en subtilisé, puis rendu... un petit farceur,  sans doute... Un contre temps fâcheux qui ne nous a fait perdre que deux jours finalement, mais … j’aimerais vous avoir sur place pour m’aider à mettre en scène la jeune comédienne qui incarne le personnage de Linda ... Cela me semble d’autant plus approprié que...

-         Non, n’insistez pas. Il me semble que nous en avons déjà assez discuté. C'était clair pourtant ! Je ne mettrais pas les pieds sur le lieu du tournage ! Je vous crois tout à fait capable de diriger n’importe qui dans n’importe quelle scène, vous n’avez pas besoin de moi, alors vous pourrez m’avancer  n’importe quel argument, ce sera peine perdue... je ne viendrais pas, Guillaume. C’est  tout. Je ne viendrais pas, je... je ne peux pas. C’est littéralement impossible !

Elle dit tout cela d’un seul trait. D’abord comme une défense, comme une arme contre une violence invisible, et puis tout doucement, comme pour s’excuser... «je ne peux pas... Ce n’est pas encore le moment…»

Elle a peur. C’est plus qu’une peur. Philippe ressent dans ses dernières paroles toute l’angoisse d’un animal pris au piège. Il ne comprend pas. Qu’est-ce qui peut motiver une telle appréhension, comme une panique ? Il perçoit dans sa voix  comme un accent d’animosité. Il craint de se voir congédier et il n’en a pas fini avec elle. Il doit rester.

Avec toute la douceur dont il est capable, il prend la main de Maïlys, une main si blanche, et doucement, tout doucement, comme on apprivoise les animaux blessés, Guillaume s’excuse. Et pour la première fois depuis leur rencontre, elle tend vers lui son visage. Oh mon Dieu ! Plus que la pâleur du visage, c’est autre chose de plus tragique qui vient d'émouvoir Philippe. Que de cicatrices... traces d’anciennes blessures... ou accident terrible ? Le visage tout  entier... Un visage aux lignes pures, fines, marqué par d’insupportables traces de chirurgie réparatrice. Comme si on avait voulu détruire ce que la nature avait accompli avec succès dans toute son harmonie. Un véritable désastre… qui laisse pourtant encore entrevoir la finesse  d’une beauté rare.

Alors avec une extrême prudence, pour ne pas la blesser davantage :

-         Maïlys, Maïlys… Rassurez-vous... Mon but, en venant vous trouver n’était pas de vous importuner. Pardonnez-moi… Je ne voulais pas cela. Finalement ma demande était stupide. Je n’ai pas besoin que vous soyez sur le lieu de tournage, oui, tout compte fait nous pouvons en parler ici, en toute tranquillité, n’est ce pas ? Je ne savais pas … Je ne savais pas … Il suffit que vous répondiez tout simplement à quelques questions sur la personnalité du personnage de Linda. Vous voulez bien ? ... Et puis, si vous n’y tenez pas, tant pis pour moi, je me débrouillerais bien... Après tout, j’ai suffisamment de matière... Nous avons déjà beaucoup travaillé ensemble, par « correspondance »…

-         Vous vous méprenez, Philippe, la raison de mon refus n'est pas due à ce visage défiguré. L'image que vous percevez n'est réelle que pour ceux qui ne savent pas discerner la vérité. Le corps n'est rien, rien qu'un habit de chair. Cela fait bientôt vingt ans que je me confronte à cette image qui n'est pas la mienne. Vous me regardez … Vous ne semblez pas comprendre ce que je veux dire. Cette image que vous voyez, ce visage surtout, ce n'est qu'une apparence. Ce qui compte c'est la personnalité profonde, n'est-ce pas ? Les aptitudes du cœur et de l'esprit, tout ce qui fait l'humanité et qui ne se voit pas avec les yeux. Cependant, nous avons besoin de matérialité pour vivre, vous me suivez ? ... le corps est accessoire ! Qu'importe l'apparence. Seules comptent la personnalité et l'humanité que l'individu peut manifester. L'image intérieure qui me reste de ma petite personne est autrement plus attrayante que celle renvoyée par mon miroir. Alors, finissons-en avec tous ces salamalecs de pitié ou de compassion, je n'en ai que faire. Un jour vous comprendrez les raisons de mon refus de paraître.

Silence. Maïlys s’est levée. Lentement elle se dirige vers son lecteur CD, lentement, tout doucement, avec des gestes empreints d’une sérénité retrouvée grâce à une infinie maîtrise de soi,  elle place un autre  disque sur la platine, choisit la plage 12  et appuie sur le bouton play. Comme si Philippe n’était plus là, elle s’installe dans son fauteuil, face à une fenêtre peinte en trompe l’œil, fenêtre malgré tout habillée de rideaux lourds, artistiquement peints de couleurs chaudes et chatoyantes. Et la musique, caresse apaisante et douce, envahit la pièce. La voix de la chanteuse la transporte ailleurs, dans un monde protecteur, véritable cocon de douceur et de lumière,  créé pour elle seule.   

« Vole vole petite aile 

Silence. Très long silence. Lourd. Le disque s’est arrêté. C’était le dernier titre. 

L’émotion de Philippe n’est pas feinte.  Pour lui,  le fait qu’elle lui ait fait écouter cette chanson est  plus qu’un aveu. Qui sait par quelles souffrances elle a dû passer ? Quel est son secret ? C'est sûr, ce n'est pas  uniquement les cicatrices de son visage qu'elle cache en se protégeant ainsi de la lumière ? Lumière qu’elle aspire pourtant à retrouver. La preuve, toutes ces aquarelles lumineuses autour d’elle, comme pour recréer un monde nouveau de lumière et de pureté.  Qui est-elle vraiment ? Tout dans sa façon d’être lui rappelle quelqu’un. Cette  silhouette fragile.  Et cette voix  comme masquée elle aussi, comme voilée... elle ne lui est pas totalement inconnue... Une pensée lui effleure l’esprit qu’il rejette aussitôt comme une absurdité inconcevable. De son geste machinal, main dans les cheveux,  il repousse à la fois frange rebelle et pensée saugrenue loin derrière. Aux confins d’un passé révolu, étouffé, mort.

-         Je vais vous aider  Philippe...

Maïlys  se dirige cette fois vers son bureau et en sort un feuillet.

-         Tenez, ce sont quelques lignes que j’avais écrites sur le personnage de Linda et que j’avais finalement retranchées avant l’édition. Je pense qu’elles pourront vous donner une idée plus précise du personnage, pour votre mise en scène... Ajoute-t-elle pour  donner le change.

Personne n’est dupe. C’est sa façon à elle de se dévoiler et Philippe apprécie toute la valeur de ce témoignage informel.

-         Il s’agit de la confession que Linda adresse à son ami  après lui  avoir envoyé une lettre... une lettre anonyme... J’avais enlevé cet épisode de notre projet. J’avais estimé qu’il n’était pas nécessaire à l’intrigue du scénario... Mais il dépeint bien le personnage.

-         Puis-je les lire maintenant … ici ?

Philippe n’y tient plus. Une énigme sans réponse, c’est comme un désert sans oasis, c’est comme une coupe vide devant un homme qui meurt de soif. Il prend possession  des pages imprimées que Maïlys lui tend et se met à lire, avidement.

..."

PRESENTATION DE L’OUVRAGE

Fiction romanesque se déroulant dans les milieux du théâtre et du cinéma, « l’Ange de Rio » est écrit comme le scénario d'un long-métrage.  Les personnages évoluent entre réalité et fiction, entre la scène et la vie réelle. Ils passent de l'ambiance survoltée du plateau de tournage, puis de  la fébrilité des coulisses de théâtre à l'ambiance  plus envoûtante d'un monastère désolé.

Le principe de la poupée russe : un film dans un film. Les comédiens du film sont les acteurs du scénario. Tout se mêle ou se démêle, entre réalité ou virtuel, vérité ou mensonge, passé ou présent, souvenirs et mémoire. L'accent est mis sur la difficulté de définir objectivement les êtres et les motivations des personnages. Le blanc, le noir, la lumière, l'ombre... rien n'est définitif ni figé.

Un seul personnage échappe à cette règle : celui de Laura. Son innocence et sa naïveté naturelle apportent fraîcheur, légèreté et humour à cette fiction mystique et romanesque.

En vente :

Synopsis

Le voyage de Laura Balder commençait pourtant bien. Elle se réjouissait de concilier travail et plaisir. La troupe allait se retrouver à l'autre bout de la France pour un tournage en extérieur, en décor naturel sur fond de paysage minier.

Dès le premier jour du tournage, son ami et directeur de compagnie, le réalisateur Philippe Salieri, se voit remettre par un motard tout de noir vêtu, un étrange message, à la fois avertissement et menace, lettre anonyme qu'il devine de provenance féminine.

Lorsque les premiers incidents (ou accidents provoqués) surviennent sur le lieu du tournage, compromettant le bon déroulement de celui-ci, Laura et Philippe, sans se concerter, décident d'enquêter. Chacun de leur côté, ils mèneront leurs investigations et finiront après maints voyages virtuels du côté de leur mémoire, par croiser sur leur route un être démoniaque, sanguinaire et assoiffé de vengeance, un maître spirituel ayant pris le pseudonyme d'Angel Atropos.

Au cours de ses recherches Philippe découvrira la véritable identité d'un autre personnage énigmatique : Maïlys Mc Kenna, sa co-scénariste, secrète, pudique à l'extrême, qui essaie tant bien que mal de se dissimuler de tous jusqu'au jour où le piège d'Angel Atropos se referme sur Laura.

Le brouillard qui obscurcissait une partie de la mémoire de Philippe va finalement se lever au fil de l'action, et lui dévoiler l'horreur d'une vérité occultée depuis vingt ans.  Vérité falsifiée, manipulée par son entourage le plus proche, sa femme Colette et ses amis Eric et Solange. 

Note d'intention

Le "pourquoi de l'histoire"

Les plus belles années de ma vie, je les ai vécues au sein d'une compagnie théâtrale. Une famille, un refuge, un but commun, une envie et une passion communes.

Dix années de pur bonheur où je réalisais le rêve d'une petite écolière qui répondit un jour à son institutrice :

"Je serai comédienne car c'est le plus beau métier du monde".

Et puis un beau jour, triste jour, le rêve et l'illusion se sont éteints lorsque les aléas de la vie m'ont poussée à faire un choix. Le théâtre et le cinéma, les répliques, les répétitions, les accessoires, les costumes et le trac, furent relégués au rayon des souvenirs et des archives.

Une nostalgie insurmontable me titilla trop longtemps. Il fallait me libérer de ce passé. L'écriture du roman qui est à l'origine de ce scénario : " L’Ange de Rio",  fut la première étape.

Une évidence s'imposait à moi au fil des pages : seule la mise en images parviendrait à exorciser trois démons :   

-        l'angoisse du temps qui file et s'échappe

-        la frustration due à l'incommunicabilité

-        les effets de certaines emprises néfastes

Une autre évidence vint au jour une fois le roman terminé :

Ne jamais laisser dormir ses rêves trop longtemps, ils pourraient finir en cauchemar. Ce scénario répond donc en partie à l'attente et au désir

de la petite fille de mon enfance : poursuivre le rêve inachevé, aller au bout de ma passion. 

« L’ANGE DE RIO  »

PRESENTATION DE L’OUVRAGE

Fiction romanesque se déroulant dans les milieux du théâtre et du cinéma, « l’Ange de Rio » est écrit comme le scénario d'un long-métrage.  Les personnages évoluent entre réalité et fiction, entre la scène et la vie réelle. Ils passent de l'ambiance survoltée du plateau de tournage, puis de  la fébrilité des coulisses de théâtre à l'ambiance  plus envoûtante d'un monastère désolé.

Le principe de la poupée russe : un film dans un film. Les comédiens du film sont les acteurs du scénario. Tout se mêle ou se démêle, entre réalité ou virtuel, vérité ou mensonge, passé ou présent, souvenirs et mémoire. L'accent est mis sur la difficulté de définir objectivement les êtres et les motivations des personnages. Le blanc, le noir, la lumière, l'ombre... rien n'est définitif ni figé.

Un seul personnage échappe à cette règle : celui de Laura. Son innocence et sa naïveté naturelle apportent fraîcheur, légèreté et humour à cette fiction mystique et romanesque.

lizabardin@live.fr

Posté par LizaLBB à 14:30 - 013 - EXTRAITS A LIRE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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